
Contrairement à ce qui peut se faire du côté de chez vous, le printemps turc respecte ses devoirs et ses horaires. Il était donc bien présent, hier, lors de sa première représentation. Avant ces premières éclaircies, le froid et la pluie dominaient sans partage les collines d’Istanbul. Une raison glacialeet suffisante pour se laisser imprégner par l’obscurité d’une salle de cinéma. Sur l’écran, le dernier Scorsese, Shutter Island. “C’est une île perdue au milieu de l’océan”….
Premier constat, le scenario ne chamboulera pas l’Histoire cinématographique. Avec une mystérieuse disparition dans un hôpital psychiatrique, l’intrigue initiale est somme toute assez classique. L’ossature et la chronologie du film n’est pas neuve : Deux marshalls sont appelés pour résoudre l’insolvable, les locaux sont méfiants et peu bavards, l’enquête n’avance pas, un coup de théâtre vient totalement renverser cette configuration sans issue et, enfin, le film se termine avec avec une scène qui n’est pas la finale, afin que les spectateurs les plus imaginatifs puissent s’improviser scénaristes d’un soir.
Deuxième constat, les mythes et clichés renforcent un sentiment d’angoisse parfaitement maitrisé. En plus d’une mise en scène appliquée et d’une musique plus que pesante, beaucoup de raccourcis faciles et quasi hitchockiens amplifient le sentiment de stress : Le mythe de l’île coupée du monde et de toute rationalité, l’ambiance hospitalière avec son malaise vestimentaire et architectural, l’invisible nuance entre la folie des patients et celle du héros et enfin la météo qui, vicieuse, met tout en place pour qu’une tempête sans nom frappe l’ile le temps du film…
Troisième constat, cela reste tout de même un bon film. La mise en scène plonge assez facilement le public dans un état d’attente et d’angoisse. Le jeu des acteurs (Kinglsey, Di Caprio) fait bien ressortir toute l’ambiguïté de ce morceau de terre perdue au large de Boston et la moindre montée de décibel vous enverra sans difficulté sur les genoux de votre voisin(e) mystérieusement endormi(e).
Quatrième et dernier constat, cette expérience filmique sera forcément différente des autres grâce à des particularités surprenantes : air conditionnée toujours active à 1h du matin, des sièges inclinables encore mieux que ceux d’Ikea et une entracte commerciale d’un quart d’heure pour décrisper les plus tendus d’entre nous et vérifier qu’aucun psychopathe n’aiguise ses lames dans la salle.
C’est la pause popcorn, je file.
S.
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Bien joli coup de plume sur un papier finement ciselé!
Comme quoi, dans nos univers virtuels gagnés par la frénésie 3D et cette surenchère multi dimensionnelle de la puissance tecnhologique (…très économique!), l’humble 1D de l’écriture garde son redoutable pouvoir de séduction même lorsqu’elle raconte le fringuant 2D de l’écran!…. Bel et antique avantage à cultiver, non?
Courage en tous cas pour le porté de flamme…